Après des mois d’attente, de relances et de négociations sans suite, le Syndicat autonome des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes du Sénégal (Sames) passe à l’offensive. Son Secrétaire général national, Diabel Dramé, a annoncé hier l’entrée officielle de l’organisation en phase de lutte syndicale. Première salve : une grève totale de 48 heures les 08 et 09 septembre, avec maintien des urgences et du service minimum.
Le ton a changé. Hier, à Keur Madia, siège de la Cnts, le Sames a officiellement sonné la fin de la période de patience. Face à ce qu’il qualifie de « silence devenu une réponse inacceptable », le Syndicat des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes du secteur public et parapublic a décidé de passer à l’action. « Le Sames entre officiellement en phase de lutte syndicale en décrétant 48 heures de grève totale les 08 et 09 septembre 2026 », a martelé son secrétaire général national, Diabel Dramé, devant la presse. Une décision qui intervient après l’échec, le 09 août dernier, du préavis de grève déposé par le Syndicat. Pour le patron du Sames, cette nouvelle offensive n’est ni une provocation ni une décision prise à la légère. « C’est un acte de responsabilité », a-t-il insisté, rappelant que son organisation affirme avoir épuisé les voies du dialogue.
Le calendrier est désormais arrêté. Après la conférence de presse d’hier, le Sames prévoit également une réunion extraordinaire stratégique de son Comité exécutif national. À partir du 02 septembre, les Assemblées générales de sensibilisation se multiplieront dans les zones et sections, accompagnées de points de presse locaux. Puis viendra le premier grand rendez-vous du bras de fer : 48 heures de grève totale les mardi 08 et mercredi 09 septembre 2026. Le mouvement sera accompagné du port du brassard rouge. Mais les syndicalistes assurent vouloir préserver les urgences et le service minimum, preuve, selon Diabel Dramé, de la volonté du syndicat de ne pas prendre les populations en otage. Une évaluation du mouvement est prévue le 10 septembre. À partir des résultats, le Bureau exécutif national décidera des suites à donner.
Une plateforme revendicative qui attend toujours des réponses
Le contentieux ne date pas d’hier. Selon Diabel Dramé, le Sames avait élaboré et déposé sa plateforme revendicative à la fin de 2023, après une tournée nationale destinée à recueillir les difficultés rencontrées par les professionnels de santé. Au cœur des revendications : conditions de travail, régime indemnitaire, gestion des ressources humaines, formation et infrastructures. Les négociations avaient démarré avec l’ancien régime avant d’être interrompues dans un contexte politique tendu au premier trimestre 2024. Avec l’arrivée des nouvelles autorités, le syndicat dit avoir volontairement observé une période de grâce afin de leur permettre de prendre connaissance des dossiers et de formuler des réponses. Même en pleine période de tensions sociales, le Sames affirme avoir fait le choix de l’apaisement. En février 2025, alors qu’il était engagé dans une grève, le syndicat dit avoir suspendu son mouvement pour reprendre les discussions avec les autorités et participer au processus d’élaboration du pacte en faveur de la stabilité sociale. Mais depuis, selon le Secrétaire général du Sames, l’attente se prolonge.
« La patience ne doit pas être confondue avec une faiblesse »
C’est sur ce point que Diabel Dramé s’est montré le plus incisif. « La patience ne doit pas être confondue avec une faiblesse et la disponibilité au dialogue ne doit pas être interprétée comme une résignation », a-t-il lancé. Pour le Syndicat, le problème n’est donc plus la disponibilité à négocier, mais l’absence de résultats concrets. C’est pourquoi, le Sames réclame désormais des « négociations sérieuses », un « calendrier précis », des « engagements chiffrés et vérifiables » et surtout des « interlocuteurs » disposant d’un véritable pouvoir de décision. « Pas de consultations de façade. Pas de réunions sans suite », prévient-il. Le Syndicat va même plus loin en estimant qu’un accord signé doit être exécuté. Laisser les engagements sans suite constitue, selon lui, une « faute institutionnelle grave » susceptible d’affaiblir la culture du dialogue social. Anticipant les critiques liées à une éventuelle perturbation du système de santé, Diabel Dramé a voulu clarifier la philosophie de cette bataille. « Nous défendons les deux », affirme-t-il, parlant des professionnels de santé et des populations. Pour le Sames, améliorer les conditions de travail des médecins revient à améliorer la qualité des soins. Valoriser les pharmaciens contribuerait à renforcer la disponibilité des médicaments et des intrants. Et garantir les droits des chirurgiens-dentistes participerait à améliorer l’accès aux soins bucco-dentaires. Le Syndicat refuse ainsi que sa lutte soit réduite à une simple bataille corporatiste.
« Le système est sous-doté et sousvalorisé »
Dans son réquisitoire, Diabel Dramé dénonce un système de santé « exigeant, sous-doté et sous-valorisé », porté à bout de bras par des professionnels confrontés à des conditions difficiles. Le Sames alerte notamment sur le risque de voir des professionnels qualifiés quitter le secteur public. « Chaque jour qui passe sans réponse », prévient-il, est un jour supplémentaire durant lequel des médecins qualifiés peuvent être tentés de quitter le public, tandis que les populations continuent de subir des difficultés d’accès aux soins.
Le Syndicat assure cependant ne pas vouloir « perturber » le fonctionnement des structures sanitaires. Mais, prévient son secrétaire général, « nous ne pouvons pas continuer à prétendre que tout va bien, sinon on est des complices ».
Désormais, le compte à rebours est lancé. Le Sames dit rester ouvert au dialogue, mais exige que celui-ci débouche sur des actes. Aux autorités, Diabel Dramé adresse un message sans détour : « Le Sames n’est pas votre adversaire ».
Mais cette main tendue est assortie d’une exigence : ouvrir sans délai de véritables négociations avec des engagements précis et contraignants. Toutefois, le Syndicat prévient qu’il assumera son plan d’action si aucune réponse satisfaisante n’intervient dans les prochains jours.
Par Idrissa NIASSY































