À mi-parcours du projet porté par l’Association des femmes médecins du Sénégal (Afems) avec Enda Santé, le Sénégal affiche des résultats encourageants dans la vaccination contre le papillomavirus humain (Hpv). Mais derrière les bons chiffres se cache une difficulté persistante : la rétention des données dans certains districts, notamment dans le Nord.
Le Sénégal avance dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus, mais doit encore consolider ses acquis. C’est le message porté par la professeure Fatou Samba Ndiaye, présidente de l’Association des femmes médecins du Sénégal (Afems), à l’occasion de l’évaluation à mi-parcours d’un projet conduit avec Enda Santé sur l’amélioration de la couverture vaccinale contre le Hpv.
Les résultats présentés sont jugés « à peu près satisfaisants » par la professeure. Selon les données de la Division de l’immunisation du ministère de la Santé évoquées lors de la rencontre, la couverture vaccinale atteint 80 % pour la première dose et 72 % pour la deuxième dose.
Des performances qui rapprochent le pays de la cible de 90 % de couverture vaccinale d’ici à 2030, recommandée par l’Oms. Pour accélérer cette progression, le Sénégal réfléchit désormais à la formalisation de la vaccination en dose unique. Une évolution qui pourrait, selon la présidente de l’Afems, permettre d’atteindre plus rapidement les objectifs fixés. « D’ici l’année prochaine, on pense qu’on va arriver à ce taux de 90 % avec la dose unique », estime-t-elle, jugeant cet objectif « possible et faisable » dans ce pays.
Mais cette dynamique est fragilisée par un autre problème : la rétention des données sanitaires. Dans certains districts, particulièrement dans la région Nord, des informations ne remontent pas correctement. Une situation qui empêche, selon elle, de disposer d’une photographie fidèle de la couverture vaccinale nationale. « Si les données ne sont pas toutes dites au niveau des districts, on aura du mal à avoir des chiffres réels », alerte la professeure. Pour elle, ces données incomplètes risquent de fausser l’évaluation de la couverture vaccinale et d’affaiblir le plaidoyer pour le financement de la santé. Tout en annonçant que la question dépasse désormais le seul cadre des professionnels de santé et doit être réglée au niveau central.
La rétention des données constitue également un handicap pour le financement du système de santé. Des chiffres fiables permettraient, explique-t-elle, de mieux documenter les besoins, de renforcer le plaidoyer auprès des partenaires techniques et financiers et de mobiliser davantage de ressources pour les programmes sanitaires. Même si la rétention des données peut être utilisée comme moyen de pression dans les mouvements syndicaux, la présidente de l’Afems appelle à une réflexion de fond pour mettre fin à cette pratique. « Si on a des données réelles, c’est un bon élément de plaidoyer », souligne-t-elle.
Pour la professeure Fatou Samba Ndiaye, la vaccination constitue ainsi une arme de prévention majeure. Mieux vacciner aujourd’hui, c’est réduire demain le nombre de femmes confrontées au cancer du col de l’utérus.
Reste à garantir une remontée exhaustive des données pour mesurer précisément les progrès accomplis et ne laisser aucune zone du pays à l’écart. Au-delà des statistiques, l’enjeu est surtout humain. Introduite au Sénégal en 2018 après une étude pilote menée en 2014, la vaccination contre le Hpv vise à protéger les jeunes filles contre une infection pouvant entraîner, des années plus tard, un cancer du col de l’utérus.
Par Idrissa NIASSY
































