Alors que le dossier des licences de pêche démersale côtière reste en examen, la Coalition nationale pour une pêche durable (Conaped) monte au créneau. Dans une lettre ouverte adressée au chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, elle réclame le maintien du gel des nouvelles licences industrielles, l’abrogation formelle de l’arrêté autorisant un dégel partiel et une décision fondée sur les avis scientifiques.
Par Idrissa NIASSY
Le débat sur l’avenir des ressources halieutiques prend une nouvelle tournure. La Coalition nationale pour une pêche durable (Conaped), qui regroupe des organisations de la pêche artisanale et industrielle, interpelle directement le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, sur les risques liés à l’attribution de nouvelles licences de pêche démersale côtière. Dans une lettre ouverte datée du 10 septembre 2026, elle appelle à un arbitrage présidentiel pour éviter une pression supplémentaire sur des ressources déjà fortement sollicitées. Au cœur des préoccupations : l’arrêté n°09965 du 30 avril 2026 portant dégel partiel des licences. Selon la Coalition, ce texte n’a toujours pas fait l’objet d’une abrogation formelle et pourrait donc être réactivé, alors que quatre licences avaient fait l’objet d’un sursis à la suite des échanges avec les autorités, notamment lors d’une rencontre tenue le 9 juin à la Primature.
La coalition demande ainsi une clarification définitive du statut de l’arrêté et son abrogation s’il demeure en vigueur. Pour la Conaped, l’argument du « potentiel exploitable » de certaines espèces ne saurait justifier une augmentation générale de l’effort de pêche. Elle invoque les avis scientifiques du Crodt, soulignant que les quelques stocks disposant encore d’un potentiel cohabitent avec une majorité de ressources déjà pleinement exploitées ou surexploitées. Dans une pêcherie mixte, estime-t-elle, « il est difficile d’éviter les captures accessoires d’espèces fragilisées ». L’arrivée de nouveaux chalutiers pourrait donc accentuer la pression sur les stocks déjà en difficulté. Elle rappelle également que le gel des licences démersales, instauré depuis 2006, visait précisément à contenir les risques de surexploitation. Vingt (20) ans plus tard, elle juge que les raisons ayant motivé cette mesure demeurent, voire se sont aggravées pour plusieurs ressources. Pour elle, le potentiel de quelques espèces ne peut constituer une base suffisante pour remettre en cause le gel.
Par ailleurs, la Conaped conteste également l’argument de la sécurité alimentaire avancé pour justifier le dégel. Elle met en perspective le potentiel exploitable annoncé de 2 921 tonnes, qu’elle estime en réalité proche de 2 000 tonnes, avec les quelque 300 000 à 350 000 tonnes débarquées par la pêche artisanale. Elle rappelle surtout que l’approvisionnement alimentaire national repose principalement sur les petits pélagiques et non sur les espèces démersales côtières visées par le dispositif. Elle invoque enfin les engagements pris par les autorités en faveur d’une pêche durable, notamment la Charte pour une pêche durable et son premier engagement : geler toute nouvelle licence industrielle sur les stocks pleinement exploités ou surexploités.
Elle demande au chef de l’État de faire prévaloir la science, le principe de précaution et l’intérêt national à long terme. Maintien du gel, respect des recommandations du Crodt, absence d’augmentation de la pression sur les ressources fragilisées, abrogation formelle de l’arrêté et concertation nationale inclusive : telles sont les principales demandes formulées par la Conaped. Derrière cette bataille administrative se joue, selon la coalition, l’avenir d’une ressource dont dépendent des milliers de familles et de professionnels. « Préserver la ressource aujourd’hui, c’est préserver la pêche de demain », conclut-elle.



































