Alors que le Sénégal ambitionne d’atteindre la souveraineté alimentaire et de réduire sa dépendance aux importations, un obstacle majeur continue de ralentir l’exploitation des avancées scientifiques au service de l’agriculture. Quatre ans après l’adoption de la loi sur la biosécurité, le décret d’application indispensable à sa mise en œuvre n’a toujours pas été signé.
Par Idrissa NIASSY
La non-signature du décret d’application de la loi 2022 sur la biodiversité maintient le Sénégal dans une forme d’immobilisme réglementaire qui empêche l’utilisation effective des biotechnologies modernes pour améliorer les variétés végétales et les races animales. Une attente jugée préoccupante par le Directeur exécutif de l’Autorité nationale de la biosécurité (Anb), le Pr Aliou Ndiaye. Selon lui, les biotechnologies modernes représentent aujourd’hui un levier incontournable face aux défis croissants du changement climatique, de la dégradation des terres, des maladies des cultures et de l’insécurité alimentaire. « Elles offrent la possibilité de développer des semences plus résistantes à la sécheresse, aux ravageurs et aux maladies, tout en augmentant les rendements agricoles », a-t-il déclaré.
Selon le Pr Aliou Ndiaye, les conséquences de la non-signature de ce décret sont énormes. Parce qu’il permet non seulement à certaines missions qui sont d’ordre théoriques et pratiques de ne pas aboutir, mais limite les institutions chargées de la biosécurité dans leurs prérogatives en retardant les programmes de recherche et d’innovation. Raison pour laquelle, il plaide pour la signature du décret pour pouvoir donner aux spécialistes et experts l’autorisation de le faire dans les laboratoires.
« Ce processus va nous permettre de contrôler non seulement ce qui se fait dans les champs, mais quelqu’un qui veut pratiquer la culture d’Organismes génétiquement modifiés (Ogm) ne pourra pas la faire », a-t-il fait savoir, lors de la cérémonie d’ouverture de l’atelier de renforcement de capacités à l’intention des journalistes membres de l’Ajtrepe et du Remapsen, qui se tient du 22 au 23 juin 2026, à Saly Portudal (Mbour) sur : « Les biotechnologies modernes et le cadre juridique et institutionnel de biosécurité au Sénégal ».
D’après lui, ce décret une fois signé, permettra aux spécialistes d’entrer dans la phase pratique de régulation et « de voir comment on pourrait utiliser ces biotechnologies modernes pour en tirer le maximum de bénéfices et en limitant les impacts négatifs potentiels sur l’environnement ».
Toutes les voix autorisées pour favoriser la signature de ce décret ont été saisies depuis son accession à la tête de cette structure en juillet 2024. Pour l’année 2026, l’Autorité nationale de biosécurité a changé de méthode en élargissant sa ligne de conduite pour rencontrer tous les députés pour les expliquer les missions qui vont permettre d’utiliser certaines techniques, mais aussi de pouvoir réguler. « Tant que ce décret n’est pas signé, il y a certaines choses qu’on ne peut pas faire. Et c’est plus grave de ne pas signer le décret que de le signer. Parce que si on le signe, cela nous donne plein de pouvoirs pour réguler », a-t-il conclu.
Face à la malnutrition et aux déficits en micronutriments qui touchent des millions de personnes dans le monde, certains organismes génétiquement modifiés ont été développés pour enrichir les aliments en vitamines essentielles. Selon le Pr Diaga Diouf, du Laboratoire Campus de biotechnologies végétales Département de Biologie Végétale de la Faculté des sciences et techniques de l’Ucad, certaines variétés de riz sont génétiquement modifiées pour produire du carotène, un précurseur de la vitamine A. « Cette innovation vise à lutter contre la carence en vitamine A, responsable chaque année de nombreux cas de cécité et d’une augmentation de la mortalité infantile dans plusieurs pays en développement », a-t-il fait savoir.
Pour lui, ces recherches constituent un outil complémentaire pour renforcer la sécurité sanitaire, alimentaire et nutritionnelle, particulièrement dans les régions où l’accès à une alimentation diversifiée demeure limité. Car, certains vaccins sont fabriqués à base d’Ogm. Il a fait part, par ailleurs que dans la loi du Sénégal, l’étiquetage est obligé pour les produits Ogm.



































