Myopie, hypermétropie, astigmatisme, presbytie, les troubles visuels gagnent du terrain. Une situation préoccupante, marquée notamment par le temps d’écran, le manque de spécialistes et le recours aux lunettes vendues dans la rue.
La santé visuelle devient un véritable enjeu de santé publique au Sénégal. Les chiffres avancés par Mariétou Gueye, chargée de marketing et Relations presse à Lapaire, donnent la mesure du phénomène. La prévalence de plusieurs troubles de la vision y serait nettement supérieure aux moyennes africaines. L’hypermétropie touche ainsi 30,6 % de la population, contre 12,5 % en moyenne en Afrique. L’astigmatisme atteint 36,9 %, contre 11 % sur le continent.
Quant à la myopie, elle concerne 26,7 % des Sénégalais, contre une moyenne africaine de 21 %. Parmi les troubles les plus répandus, la presbytie occupe une place importante. Selon Mariétou Gueye, 41,9 % des Sénégalais seraient concernés, contre 23,8 % en moyenne en Afrique. Liée au vieillissement naturel de l’œil, elle apparaît généralement autour de 40 ans et entraîne notamment des difficultés à voir de près. Mais la mauvaise vision n’est plus l’apanage des personnes âgées. Les enfants et les jeunes (entre 18 et 29 ans) sont désormais de plus en plus concernés, soit 25 % des patients. Une évolution que l’intervenante relie notamment à l’omniprésence des écrans dans les milieux urbains. Le poison silencieux des écrans Téléphones portables, tablettes, ordinateurs et autres écrans occupent une place croissante dans le quotidien des Sénégalais. Or, déplore Mariétou Gueye, la culture de la limitation du temps d’écran reste encore insuffisamment ancrée dans les habitudes. Cette exposition prolongée constitue un facteur préoccupant pour la santé visuelle, particulièrement chez les jeunes. D’où la nécessité de développer des réflexes de prévention et de consultation régulière, plutôt que d’attendre une dégradation importante de la vue.
Autre sujet inquiétant, le recours aux lunettes vendues dans la rue. Pour elle, cette pratique expose les populations à des risques importants. Une paire de lunettes non adaptée à la correction nécessaire peut non seulement être inefficace, mais aussi aggraver certains troubles visuels et compromettre davantage la qualité de la vision. Mariétou Gueye appelle ainsi à privilégier les professionnels de la vue pour le dépistage, la prescription et la correction des troubles visuels.
À cette situation s’ajoute une difficulté majeure : l’accès encore limité aux soins visuels. Le manque de spécialistes et les habitudes de recours tardif aux structures sanitaires constituent, selon elle, des obstacles à une prise en charge précoce. « Il faut vraiment que la personne soit alitée ou bien qu’elle ne voie plus pour qu’on puisse se rendre à l’hôpital », déplore-t-elle en substance.
Lentilles : attention au bricolage Mariétou Gueye met enfin en garde contre l’utilisation anarchique des lentilles de contact. Mal posées ou manipulées avec des mains non propres, elles peuvent provoquer des irritations de la cornée et des infections, voire entraîner des complications plus graves. Le message est clair : en matière de santé visuelle, l’improvisation peut coûter cher. Des opacités cornéennes peuvent également survenir si les lentilles ne sont pas posées correctement sur l’œil. Dans certains cas, cela peut même entraîner des cicatrices irréversibles sur l’œil.
Dépister tôt, consulter un spécialiste et utiliser une correction adaptée restent les meilleurs remparts contre la détérioration de la vue. Face à cette réalité, dit-elle, nous misons notamment sur le déploiement de nos agences qui sont au nombre de onze (11) à Dakar et sa banlieue et sur des tests de vue gratuits afin de rapprocher le dépistage des populations.
Par Idrissa NIASSY


































