La reconnaissance juridique des droits des femmes ne garantit pas leur effectivité. C’est le constat dressé par Amsatou Sow Sidibé à l’ouverture, à Dakar, de la 17ème Session de formation consacrée aux « Femmes et droit international des droits de l’homme : protections et combats ». Violences, mariages précoces, mutilations génitales, discriminations foncières et successorales : les défis restent nombreux.
Par Idrissa NIASSY
« La reconnaissance normative n’est jamais un aboutissement. Elle n’est que le commencement d’un combat pour l’effectivité ». Amsatou Sow Sidibé résume en une phrase le paradoxe qui continue de peser sur les droits des femmes. Alors que les textes internationaux et régionaux se sont multipliés pour garantir leur protection, les réalités quotidiennes restent marquées par de profondes inégalités. À l’ouverture de la 17ème Session de formation à Dakar, organisée autour du thème « Femmes et droit international des droits de l’homme : protections et combats », la représentante de la Commission nationale des droits de l’homme du Sénégal (Cndh) a appelé à ne pas confondre ratification des conventions et progrès réel. Elle rappelle que le droit international a progressivement construit un arsenal spécifique de protection des femmes, notamment avec le Protocole de Maputo.
Mais entre les engagements internationaux et leur application dans le droit national, le fossé demeure. « Nous avons ratifié au Sénégal le Protocole de Maputo, et les problèmes demeurent », souligne-t-elle, plaidant pour une meilleure harmonisation des normes. Sur le terrain, la liste des combats reste lourde : violences basées sur le genre, mariages précoces et non désirés, mutilations génitales féminines, inégalités successorales et foncières, mais aussi sous-représentation des femmes dans les instances de décision. Les femmes en situation de migration et celles prises dans les conflits sont particulièrement vulnérables. Dans ces derniers contextes, leurs corps peuvent devenir de véritables instruments de guerre. Autre sujet d’inquiétude, souligne-t-elle, la progression des « mouvements anti-droits », qui contestent les avancées en matière de protection des femmes et des enfants. Pour Amsatou Sow Sidibé, cette offensive impose une vigilance permanente. C’est pourquoi, la Cndh entend poursuivre son action à travers l’accompagnement des victimes de violences, le plaidoyer contre les mutilations génitales féminines et la promotion de la participation des femmes aux instances de décision. Car, insiste-t-elle, « les acquis pour les femmes sont fragiles ».
Le combat se joue désormais dans les tribunaux, les foyers, les urnes et toutes les sphères de pouvoir. Dans sa prise de parole, Alexandra Heldt, Directrice régionale Afrique de l’Ouest de la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté, alerte sur une liberté encore incomplète. Pour elle, la liberté ne peut être entière lorsque la moitié de l’humanité en est privée. Elle a profité de cette occasion pour dénoncer les restrictions persistantes qui frappent les femmes. Violences, discriminations, exclusion et faible accès aux décisions continuent de limiter leurs droits. Pour les Fondations Friedrich Naumann et René Cassin, ce combat relève « du bon sens et de la nécessité ». Leur conviction : une société qui protège et traite les femmes à égalité est une société saine et porteuse d’avenir.
Le Sénégal affiche un arsenal juridique important en faveur des droits des femmes, mais leur effectivité reste un combat. C’est le constat porté par Astou Fall, Conseillère technique n°1 du ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, à l’ouverture de la 17ème édition du « Septembre des Droits de l’Homme », consacrée aux « Femmes et droit international des droits de l’homme : protection et combats ». De la loi sur la parité à la criminalisation du viol, en passant par la protection de la femme enceinte contre le licenciement et l’allongement du congé de maternité, le Sénégal a multiplié les avancées législatives. Mais pour Astou Fall, ces acquis ne doivent pas masquer la persistance des discriminations et des violences basées sur le genre. L’accès des femmes à l’éducation, à la santé, à la justice, à l’emploi et aux postes de décision demeure encore semé d’obstacles. À cela s’ajoutent une protection sociale insuffisante pour certaines travailleuses et le poids de la conciliation entre vie professionnelle et responsabilités familiales. Pour la représentante du ministère, l’enjeu est désormais clair : dépasser les textes et les engagements pour garantir leur application effective. Le « Septembre des Droits de l’Homme » doit ainsi devenir un espace de mobilisation et d’action afin que les femmes occupent « pleinement leur place dans les espaces de décision ».
À Dakar, la Fondation René Cassin alerte sur le fossé persistant entre les textes et leur application. Elle rappelle que l’universalité des droits se mesure à leur effectivité. La criminalisation du viol en 2020 constitue une avancée majeure, mais les violences restent massives et souvent tues. Peur, honte et difficultés d’accès à la justice éloignent encore les victimes de la protection juridique.



































