59 % de la population dans l’agriculture pour seulement 13 à 15 % du Pib : le paradoxe sénégalais est posé. Serigne Guèye Diop appelle à sortir des politiques en silos et à souder Agriculture, Industrie et Commerce autour d’une même bataille afin de produire suffisamment, transformer davantage et maîtriser les marchés.
Par Idrissa NIASSY
Le diagnostic du ministre de l’Industrie et du Commerce est sans fard. Malgré les progrès enregistrés dans plusieurs filières, l’agriculture et l’industrie restent confrontées à des blocages structurels. Faibles rendements, production insuffisante, pertes post-récoltes, déficit de stockage, financement aléatoire, transformation limitée et concurrence des importations : les mêmes obstacles continuent de freiner la création de valeur. Serigne Guèye Diop va plus loin. Avec près de 59 % de la population dépendant de l’agriculture, mais seulement 13 à 15 % du Pib généré par le secteur, le modèle actuel montre ses limites. Quant au secteur secondaire, évalué à environ 25 % du Pib, il stagnerait depuis dix ans. Pour lui, le Sénégal ne peut donc plus se contenter d’augmenter sa production sans résoudre la question de sa transformation. « La production sans transformation reste une valeur ajoutée qui s’envole », résume-t-il. Le ministre s’exprimait en marge d’un atelier conjoint de coordination avec le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage fixé sur quatre priorités : produire, transformer, stocker et commercialiser.
Les deux départements ministériels ont convenu à cette occasion de mettre en place dans les 15 prochains jours, des comités interministériels, ainsi qu’un système d’information intégré permettant de disposer de statistiques fiables, de mieux anticiper les besoins du marché. Il a fait part, par ailleurs, que le stockage apparaît comme l’un des maillons faibles de la chaîne. Pour y remédier, l’État prévoit une stratégie de 175 milliards F Cfa visant à porter les capacités de stockage froid à 250 000 tonnes. Les chambres froides de Fass Boye et Sangalkam sont annoncées pour la fin 2026, celles de Kayar et Mboro pour 2027, tandis que Potou doit prochainement entrer dans le dispositif.
L’objectif est simple : empêcher que les récoltes ne deviennent une source de pertes au lieu de constituer une source de revenus. Pour le ministre, les coopératives et les infrastructures de stockage doivent permettre aux producteurs de vendre dans de meilleures conditions, au lieu de subir la pression des marchés au moment des récoltes.
Le Commerce entend également utiliser la régulation des importations pour donner de l’espace aux producteurs locaux. Pour la banane, la fermeture des frontières pendant trois mois l’année précédente, puis six mois cette année, aurait permis, selon le ministre, de maintenir 82 milliards F Cfa dans l’économie nationale. Même logique pour l’oignon et la pomme de terre. Et cette année, le ministre annonce que les importations de pommes de terre pourraient ne pas être autorisées, compte tenu du niveau de production annoncé. Le riz local bénéficie, lui, d’un mécanisme de péréquation. 8 F Cfa prélevés sur chaque kilogramme de riz importé doivent alimenter une caisse susceptible de mobiliser 13 à 15 milliards F Cfa par an. Ces ressources serviront notamment à soutenir le prix du riz local.
Autre pièce maîtresse : les agropoles. Après Ziguinchor et Kolda, l’agropole du Centre est engagée et 10 nouvelles zones agro-industrielles doivent être lancées. Le financement annoncé atteint 300 milliards F Cfa. À cette stratégie s’ajoute le lancement, le 6 octobre, d’une dizaine de boutiques de référence destinées notamment à faciliter l’écoulement des produits horticoles nationaux.
Le ministre de l’Agriculture, Cheikhou Oumar Ba, prenant la parole, a réaffirmé l’engagement de l’État à créer un écosystème favorable et à accompagner le secteur privé ainsi que les champions des différentes filières, afin de transformer le potentiel national en résultats concrets.

































