Le Sénégal à l’épreuve des grands bouleversements mondiaux: tels sont les termes de la conférence organisée par le MONCAP/PASTEF. C’est un thème très intéressant. Je voudrais très humblement y apporter quelques éléments de réflexion, en guise de contribution.
A mon avis, les grands bouleversements pertinents à citer pour le Sénégal sont de trois ordres :
LA CRISE AU SAHEL
Le premier bouleversement aux conséquences lourdes pour notre pays c’est la crise au Sahel. Elle a des répercussions énormes sur notre économie: le Mali, pays le plus rudement éprouvé par la poussée djihadiste, est notre premier partenaire économique et commercial. A titre d’exemple, un des atouts du Port autonome de Dakar c’est qu’il est le principal port de transit des marchandises en provenance ou à destination du Mali. L’arrêt ou la diminution de l’activité économique dans ce pays impacterait donc directement et fortement notre économie, en termes de revenus liés au commerce mondial et sous-régional, d’investissements, de création et de maintien d’emplois, de santé de centaines de petites et moyennes entreprises nationales, de transport maritime, ferroviaire, etc.
L’autre défi des plus grands que pose cette crise sahélienne c’est la faillite sécuritaire. Le Sénégal était jusqu’ici relativement épargné mais si les djihadistes arrivent à prendre Bamako, notre pays ne sera plus qu’une cible ordinaire et pourrait faire l’objet d’assauts difficilement maîtrisables au niveau des frontières orientales et même dans nos villes.
Donc, à l’heure actuelle, le Sénégal n’a plus, à mon humble avis, d’autre option que de contribuer activement à l’endiguement et à l’élimination définitive du djihadisme au Mali. Cela suppose de blinder davantage nos frontières et de s’engager résolument aux côtés des frères maliens.
LES GUERRES EN UKRAINE ET AU MOYEN ORIENT
Les guerres en Ukraine et en Iran, avec leurs conséquences économiques et sociales, sont le deuxième type de bouleversement auquel nous faisons face.
L’Ukraine c’est le grenier du monde en blé, et donc en farine, et c’est aussi l’un des principaux fournisseurs d’engrais chimiques au monde. Pour le Sénégal aussi. Le conflit qui l’oppose à la Russie a donné lieu à des sanctions contre cette dernière, visant l’exportation de ses hydrocarbures, notamment vers l’Europe.
Autrement dit, notre approvisionnement en blé, en farine de blé, en pesticides et en pétrole et gaz est frappé de plein fouet par cette crise, renchérissant la vie sous nos cieux et compromettant nos chances de croissance économique.
Pour compliquer davantage la situation, la guerre entre l’Iran et la Coalition américano-israélienne est venue s’y ajouter, avec comme conséquence immédiate un péril sur l’accès à plus de 20% du pétrole mondial. Notre économie, comme celle de tout le monde, s’en trouve gravement affectée.
Face à cela, le Président de la République a instruit le Gouvernement de mettre en œuvre des mesures de nature à épargner les ménages du choc provoqué mondialement par la crise énergétique consécutive à ces deux guerres. Il faut s’en féliciter. Mais ces mesures ne suffiront pas; il y a aussi une posture et un discours responsables à adopter, notamment de la part des acteurs gouvernementaux. Ceux-ci devraient notamment éviter, dans un tel contexte, de tenir des discours polémiques ou discourtois à l’égard du Président des États-Unis d’Amérique ou des dirigeants d’autres puissances. Il ne doit surtout pas y avoir de dissonance avec la parole et la stratégie présidentielles.
Nous pouvons travailler à faire entendre, de manière intelligente et efficace, la voix de notre pays, en appelant, sans heurter nos partenaires, à un multilatéralisme robuste, seul gage d’une paix mondiale et d’une sécurité internationale durables.
LES GRANDES RECONFIGURATIONS GÉOPOLITIQUES
Le troisième facteur de bouleversement qui travaille le monde c’est la reconfigurations des relations internationales sur fonds de nouveaux rapports de forces. A cet égard, la réaffirmation, à la Trump, de la domination américaine sur l’ordre mondial bute sur l’assertivité économique, diplomatique et militaire croissante de la Chine et de la Russie, ainsi que sur la gestation de modèles alternatifs de plus en plus affirmés, entretenus par des puissances moyennes et émergentes, en Amérique, en Asie et, de plus en plus, en Afrique (Exemple: les BRICS).
Dans un pareil monde, devenu une jungle où les grands mangent les petits, une bonne démarche pourrait être celle de la prudence stratégique: ni trop proche ni trop loin, ni méchant ni trop bon; fort heureusement les principes qui structurent la diplomatie sénégalaise (diplomatie de bon voisinage, panafricanisme, multilatéralisme, diplomatie de paix et diplomatie économique) et le style pondéré du Président Diomaye permettent d’appliquer cette politique de la prudence stratégique.
Cependant, si cette diplomatie de sagesse et de prudence n’est pas appliquée à tous les échelons de l’Etat, l’échec ne saurait être complètement écarté. Il faudrait impérativement éviter les initiatives polémiques comme celle récente du Maire de Dakar de nouer un partenariat avec Taïwan, totalement en porte-à-faux avec la politique extérieure du Sénégal.
En gros, je voudrais rappeler aux cadres de Pastef qui parlaient hier qu’il faudrait aussi se ressaisir et redevenir républicain, tenir compte de l’alignement institutionnel dans la gestion du pouvoir, notamment dans le secteur des affaires étrangères; il faut se dire la vérité, renforcer la maîtrise technique des dossiers et mettre en avant l’intérêt national et non celui d’un parti ou d’un leader, pour que le Sénégal puisse trouver sa voie au milieu des grands bouleversements mondiaux.
Bon dimanche à toutes et à tous.
Baye Mayoro Diop,
Membre de la Coalition Diomaye Président



































