L’Institut Pasteur de Dakar, en partenariat avec l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) , a organisé un atelier régional de formation sur le diagnostic moléculaire, le séquençage et la biosécurité du virus Ebola Bundibugyo et du virus Andes (hantavirus), du 30 juin au 3 juillet 2026 à Dakar. Des experts et représentants des laboratoires nationaux de référence des pays de la CEDEAO sont formés par l’Institut Pasteur de Dakar pour renforcer leurs capacités régionales de préparation, de détection précoce et de réponse face aux maladies émergentes à fort potentiel épidémique. Ils ont bénéficié des sessions théoriques et pratiques sur le diagnostic moléculaire, le séquençage, la biosécurité et le partage d’expériences entre pays.
M. Ibrahima Socé Fall, Administrateur général de l’Institut Pasteur de Dakar, a souligné : « Aux bénéficiaires de cette formation, vous repartez aujourd’hui avec des compétences renforcées sur toutes les étapes du processus du diagnostic. Ces compétences permettront de renforcer immédiatement les capacités de nos nations et, surtout, vous êtes appelés à les partager. Ces quelques semaines de formation représentent, pour moi, le résultat le plus important. À travers chacun d’entre vous, ce sont les capacités de nos pays qui se renforcent, afin que nos systèmes de santé soient mieux préparés, notamment au niveau des laboratoires. C’est une réalité essentielle pour prévenir et répondre efficacement aux épidémies ».
Il estime que les épidémies ne connaissent pas de frontières. « Nous l’avons constaté à plusieurs reprises. Les virus ignorent les frontières administratives ; ils circulent entre les pays, entre les communautés et même entre les familles. Nous avons connu plusieurs épidémies et nous en connaîtrons encore. Lorsqu’un cas apparaît dans une zone frontalière, les contacts se retrouvent souvent de part et d’autre de la frontière. Nous avons vu des situations entre le Mali, la Guinée et d’autres pays voisins, où des cas étaient recensés simultanément dans plusieurs États. Dans de telles circonstances, il est impossible pour un seul pays d’agir efficacement de manière isolée. C’est pourquoi notre réponse ne doit pas non plus connaître de frontières. Nous devons échanger nos informations, harmoniser nos pratiques, partager nos formations et travailler ensemble », dira -t-il.
Dr Olivier Manigart, directeur de l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), affirme : « Comme mentionné lors des brillantes présentations des différents intervenants qui ont fait le point sur la situation de l’épidémie de ces derniers jours, la République démocratique du Congo a confirmé plus de 1 254 cas de la maladie à virus Ebola, notamment liée à la souche Bundibugyo. Le 24 juin, une vingtaine de cas supplémentaires ont également été confirmés. Les déplacements transfrontaliers, les flux migratoires importants dans la région concernée, ainsi que les multiples conflits qui l’affectent, influencent fortement la transmission de la maladie ».
Il estime que cette situation dramatique nécessite une réponse urgente et rapide pour sauver des vies, tout en limitant les risques sanitaires régionaux, mais également en préparant l’ensemble des pays du continent africain et au-delà.
« Le 24 juin également, un médecin humanitaire français, en mission en RDC, a été diagnostiqué comme infecté par la même souche du virus à son retour en France, renforçant ainsi l’évidence du risque de propagation mondiale de ce virus », dira-t-il.
Il conclut que depuis plusieurs années, l’Institut Pasteur de Dakar a mis en place un système de surveillance sentinelle, le système 4S, qui permet de détecter rapidement les flambées épidémiques et de mettre en place des réponses rapides au Sénégal.
M. Yao Michel, représentant de l’OMS, souligne : «Au cours de ces dernières années, l’Afrique a connu une augmentation de l’émergence et de la réémergence de maladies infectieuses. Ebola a été mentionné, ainsi que la fièvre de Marburg, la fièvre de la vallée du Rift, et ici même au Sénégal, la fièvre de la vallée du Rift également. Cela nous rappelle que les épidémies sont de plus en plus fréquentes et de plus en plus complexes. Dans ce contexte, notre meilleure stratégie est de bâtir les capacités avant les crises, et non pendant les crises. Les laboratoires constituent à cet effet l’un des piliers de cette préparation. Ils ne servent pas uniquement à confirmer un diagnostic. Ils permettent de détecter précocement les menaces, de comprendre les agents pathogènes grâce au séquençage génomique, de suivre leur évolution et d’orienter rapidement les décisions de santé publique ».
Il conclut : « Des capacités de laboratoire solides sont indispensables à la mise en œuvre du Règlement sanitaire international, ainsi qu’au renforcement de l’approche « Une seule santé », en favorisant une surveillance intégrée entre les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale. Je voudrais également saluer le leadership de l’Institut Pasteur de Dakar, véritable centre d’excellence régional qui fait la fierté du Sénégal et de la région. Nous sommes fiers qu’une telle institution soit basée au Sénégal et qu’elle mette son expertise au service du continent africain ».
Par Massaër DIA


































