Derrière chaque décès maternel, se cache une vie perdue, une famille endeuillée, un projet familial bouleversé, un avenir sombre.
Les enfants orphelins de mère à la naissance sont exposés à un risque de décès précoce, a des troubles psychologiques et à des perturbations scolaires à long terme.
Problématique
La santé maternelle occupe une place primordiale dans les politiques publiques de santé, la réduction de la mortalité maternelle est une priorité sanitaire nationale.
Le taux mortalité maternelle est un indicateur de performance sanitaire, le niveau élevé de mortalité maternelle d’un pays est un frein au développement.
En 2024 au Sénégal, 601 décès maternels ont été enregistrés.
Depuis plus d’une vingtaine d’années, l’état du Sénégal a mis en place des politiques sanitaires visant à réduire drastiquement la mortalité chez les femmes enceintes , il s’agit entre autres l’accessibilité aux services de santé , la gratuité de la césarienne, la couverture sanitaire universelle, l’enrôlement dans les mutuelles santé, il y ajoute le renfort conséquent en ressources humaines, la modernisation des équipements hospitaliers, la mise à disposition de moyens logistiques roulants(ambulances).
Ces efforts ont contribué à faire baisser de 61 % la mortalité maternelle, en 15 ans le ratio mortalité maternel (RMM=Nombre de décès maternel pour 100 000 Naissances vivantes) est passe de 392 décès pour 100 000 naissances vivantes (2012) à 153 décès pour 100 000 naissances vivantes (2023).
Ce taux reste relativement bas par rapport à la moyenne mondiale qui est de 197 décès/100 000 naissances vivantes en 2023 mais est encore très loin des objectifs visés par les ODD à savoir une réduction du taux de mortalité maternelle a 70/100 000 Naissances vivantes d’ici 2030,
Le taux de mortalité varie en fonction du niveau socio-économique de la localité.
Elle est plus élevée dans les régions de Kédougou (340 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes), Kolda (317), Saint-Louis (312) et Ziguinchor (309), elle est plus basse dans les régions de fatick, kaffrine.
Mais les progrès restent insuffisants et on risque de ne pas atteindre le ratio d’ici 2030.
Il est à noter que beaucoup d’indicateurs obstétricaux ont progressé dans le secteur de la santé reproductive
- 9 accouchements sur 10 sont réalisés par un personnel de santé qualifié (médecin, sage-femme ou infirmier).
- 92 % des naissances ont lieu dans un établissement de santé.
- 71 % des femmes effectuent leur première visite dès le premier trimestre.
- Le nombre de femmes qui atteignent désormais le standard de 4 visites passe à 68%
Pourquoi investir dans le capital humain sanitaire
Le capital humain est un stock de ressources humaines endogène inestimable, renouvelable donc intarissable mais qui nécessairement ont besoin d’être enrichis continuellement (investissement humain), pour être productifs.
L’agenda National de transformation du Sénégal à l’horizon 2050 à travers son axe 2 mise sur la qualité du capital humain pour une transformation systémique en particulier dans domaine de la santé en garantissant un système de santé plus souverain, plus résilient et plus inclusif.
Malgré les efforts réalisés, le secteur de la santé reste confronté à un déficit majeur en personnels de soins qualifiés.
Aucune région, aucune structure sanitaire, aucun service de santé ne satisfait le ratio personnel soignant/population.
Le ratio national personnel soignant/soigné est très en deçà des normes OMS
Le Sénégal compte 1medecin pour 11 111 habitants, 1 Sage-femme pour 1500 Femme en âge de Procréer (FAR) alors que l ’organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande 1 sagefemme pour 175 naissances/an
Le gap en ressources en ressources humaines impacte négativement sur la qualité de l’offre des soins maternels.
En plus de leur nombre insuffisant, le personnel dédié aux soins de santé maternelle est soumis à une surcharge de travail, un épuisement psychologique, un stress professionnel, un mauvais traitement salarial.
On ne peut pas réduire la mortalité avec un personnel soignant peu nombreux, démotivé, sans valorisation sociale conséquente
Il ne suffit pas seulement d’augmenter le nombre de prestataires (Gynécologue, Sagefemme, technicien supérieur en sante …) pour réduire les décès maternels.
Il faut investir dans le capital humain en améliorant les conditions de vie sociale des prestataires de soins pour avoir des soins maternels de qualité en leur facilitant un climat social apaise et un cadre de vie décent.
« Former, recruter, performer pour être compétitif ».
- Formation du personnel dédié aux soins
-Le premier rempart pour lutter contre la mortalité maternelle c’est d’assurer une formation de qualité au personnel de soins qui est au premier rang face à la lutte contre la mortalité.
-Augmenter le budget dédié aux Formation des gynécologues, des sages-femmes, des infirmiers
-Renforcer la qualité de l’enseignement dans les instituts et écoles doctorales pour augmenter le taux de réussite et de compétence dans les services.
- Recrutement du personnel
Le nombre de spécialiste en gynécologie est faible avec une population d’environ 18 millions d’habitants le Sénégal compte moins de 150 Gynécologues dans les services publics cela représente environ 1 gynécologue pour 150 000 à 160 000 habitants.
L’état recrute peu, 2500 agents de sante sont prévus dans le budget 2026, jusqu’ à présent c’est le statut quo.
Un personnel de sante majoritairement constitue de contractuels qui exercent certaines depuis plus d’une dizaine d’années sans reversement dans la fonction publique.
Une rémunération salariale faible, avec des retards de paiement cumules de plusieurs mois.
- Performance et compétitivité
Pour assurer une réduction de la mortalité, le personnel de santé doit être compétitif pour garantir des soins de qualité, cela passe par une modernisation des équipements,
- Garantir un LEADERSHIP et une bonne gouvernance dans le secteur de la sante
Prioriser la compétence et le bon profil a la tête des structures sanitaires,
Instaurer des contrats de performances avec les structures sanitaires,
Garantir une transparence dans la gestion financière des structures hospitaliers et sanitaires
Prise de décisions stratégiques orientées vers la qualité et la satisfaction des usagers
- Le financement conséquent.
De son côté, l’Etat consacre une part relativement faible de son budget national à la santé, ce qui limite les ressources disponibles pour améliorer les infrastructures, recruter du personnel qualifié et fournir des services de santé de qualité.
L’état doit promouvoir le financement basé sur les résultats pour réduire la mortalité maternelle ou Results-Based Financing (RBF).
L’état doit Recouvrir a date due les dettes contractées dans les hôpitaux et structures sanitaires qui appliquent les politiques de gratuité des soins mis en place par l’état
- Autonomie financière aux femmes
L’accès aux besoins sociaux de base tels que l’éducation, la santé et l’emploi demeure toujours préoccupant. De plus, l’Indice de Développement humain (IDH) se situe à 0,517 en 2022, contre 0,501 en 2014.
Lutter contre la pauvreté en garantissant une protection financière aux femmes leur permettant
D’aller consulter quand le besoin se fait sentir, d’éviter le retard dans les consultations a cause d’une contrainte financière.
- EDUCATION
L’éducation reste un défi majeur avec 53% de la population non instruite dont
63,9% en milieu rurale.
La sante est avant tout un bien personnel, être en bonne santé est un atout, réduit les dépenses financières, te rend plus productif
Le taux de scolarisation global au moyen secondaire est de 30%, très faible si on veut réduire la mortalité.
Investir dans l’éducation des femmes, des jeunes filles, réduit le risque de décès des femmes car le niveau de scolarisation des femmes influence le niveau de conscientisation donc de décision personnelle sur la prise en main de sa propre sante.
Chaque année supplémentaire de scolarisation permet à la jeune de comprendre les enjeux d’être une bonne santé et d’adopter les bonnes mesures préventives l’intérêt de consulter à temps réduit
En évitant les grossesses précoces, en bannissant les pratiques traditionnelles néfastes, telles que les mutilations génitales, en adoptant une bonne hygiène alimentaire et nutritionnelle, tout cela contribue à réduire le risque de décès maternel.
Par Dr Doudou SAGNA,
Médecin Gynécologue Obstétricien
Acteur De La Sante
Coalition Diomaye President
Rapporteur General De La Commission Sante




































