Le Sénégal a-t-il les moyens de faire face à la vague de cancers qui s’annonce ? Alors que l’Organisation mondiale de la Santé (Oms) prévient que le nombre de nouveaux cas de cancer pourrait presque doubler d’ici à 2050, passant d’environ 20,6 à près de 35 millions dans le monde, cette projection interpelle directement les autorités sanitaires sénégalaises. Dans un pays où les cancers sont encore trop souvent diagnostiqués à un stade avancé, le défi s’annonce immense.
Par Idrissa NIASSY
Le rapport mondial 2026 de l’Oms, publié hier mercredi 08 juillet, conjointement avec le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), une agence spécialisée de l’Oms, met en garde contre une explosion des cancerWs, alimentée par le vieillissement de la population, la croissance démographique, l’urbanisation et la persistance de facteurs de risque comme le tabac, l’alcool, la mauvaise alimentation, la pollution et la sédentarité. Les pays à revenu faible et intermédiaire, dont fait partie le Sénégal, seront les plus durement touchés. Pour le Sénégal, cette alerte intervient dans un contexte où le système de lutte contre le cancer continue de faire face à de nombreuses contraintes : diagnostic tardif, accès encore limité aux soins spécialisés dans les régions, coût élevé des traitements et insuffisance des équipements de dépistage.
Chaque année, des milliers de Sénégalais découvrent leur maladie à un stade avancé, réduisant considérablement leurs chances de guérison. Face à cette menace, les spécialistes estiment que la réponse ne peut plus se limiter au traitement des malades. Elle passe par un investissement massif dans la prévention, le dépistage précoce et le renforcement des infrastructures de prise en charge. La lutte contre le tabagisme, la vaccination contre les cancers liés aux infections, la promotion d’une alimentation saine et le développement des centres d’oncologie en dehors de Dakar apparaissent comme des priorités.
L’alerte de l’Oms rappelle ainsi une réalité incontournable : le cancer est appelé à devenir l’un des principaux défis de santé publique des prochaines décennies. Pour le Sénégal, l’urgence est d’anticiper plutôt que de subir. Car sans une stratégie renforcée et des investissements conséquents, l’augmentation annoncée des cas risque de mettre sous forte pression un système de santé déjà confronté à de multiples défis.
Le document rappelle que la maladie provoque déjà plus de 26 000 décès chaque jour. Chaque année, on estime à 20,6 millions le nombre de nouveaux cas et à près de 10 millions celui des décès, ce qui en fait la deuxième cause de mortalité dans le monde, derrière les maladies cardiovasculaires. Le rapport souligne que, malgré les progrès réalisés dans la lutte contre le tabagisme, la vaccination et la prévention des cancers, des millions de personnes continuent de se heurter à de profondes inégalités d’accès à des soins susceptibles de leur sauver la vie. Selon l’étude, les chances de survie varient fortement selon le niveau de richesse des pays. Dans les pays à revenu élevé, 87 % des femmes atteintes d’un cancer du sein sont encore en vie cinq ans après le diagnostic, contre environ 42 % dans les pays à faible revenu. Moins d’un pays sur trois intègre aujourd’hui la prise en charge du cancer dans son système de couverture sanitaire universelle, privant ainsi de nombreux patients d’un accès aux examens diagnostiques, aux traitements ou aux soins de soutien essentiels.
L’Oms met également en évidence le poids humain, social et économique de la maladie. Sa première enquête mondiale menée auprès de personnes touchées par un cancer révèle que : au moins 45 % connaissent des difficultés financières ; plus de la moitié souffrent de problèmes de santé mentale ; presque tous les proches aidants subissent une forte pression, liée notamment aux soins non rémunérés qu’ils prodiguent et à l’isolement social. En 2024, l’Asie a concentré plus de la moitié des cas de cancer et des décès, principalement en raison de l’importance de sa population. L’Europe qui ne représente qu’environ 9 % de la population mondiale, a enregistré 21 % des nouveaux cas et 20 % des décès. À l’inverse, de nombreux pays d’Afrique et certaines régions d’Asie affichent encore une incidence relativement plus faible, mais des taux de mortalité beaucoup plus élevés.
Le cancer du poumon demeure la première cause de décès par cancer dans le monde. Chez les hommes, les cancers du poumon, de la prostate, ainsi que du côlon et du rectum sont les plus fréquents. Chez les femmes, les cancers du sein, du poumon, du côlon et du rectum représentent la plus grande part des nouveaux cas. En 2024, environ 2,4 millions de femmes ont reçu un diagnostic de cancer du sein et 694 000 en sont mortes dans le monde. Cette maladie touche des femmes dans tous les pays, à tout âge après la puberté, avec une fréquence qui augmente au fil des années.






































